« Mesdames et Messieurs les candidats, occupez-vous des artisans ! »

Les artisans sont des professionnels passionnés, qui rencontrent bien des difficultés pour se faire entendre en pleine campagne électorale. Confrontée à des contraintes de toute nature, l’entreprise artisanale s’essouffle sous le poids de la complexité juridique, administrative et de normes européennes. Prélèvements fiscaux et charges sociales ne cessent d’augmenter ainsi qu’une concurrence déloyale qui s’étend dans tous les domaines d’activité. Ces entraves et ces obstacles, en fin de mois, se traduisent en difficultés de trésoreries. Or les artisans ne trouvent que très rarement de la bienveillance auprès des banques, qui préfèrent appliquer systématiquement une politique d’agios.

L’artisanat représente plus de quatre millions d’électeurs. Première entreprise de France, l’artisanat comptabilise en effet 1,3 million de chefs d’entreprise et plus de trois millions de salariés.

J’aimerais rappeler aux candidats à la présidentielle quelques chiffres qui devraient les faire réfléchir. L’artisanat représente plus de quatre millions d’électeurs. Première entreprise de France, l’artisanat comptabilise en effet 1,3 million de chefs d’entreprise et plus de trois millions de salariés. Son chiffre d’affaires s’élève à trois cents milliards d‘euros par an, valorisés par un fort potentiel de développement. Une entreprise sur trois qui se crée est artisanale. L’artisanat est présent dans 250 métiers et s’exporte grâce à un savoir-faire reconnu. Les entreprises artisanales forment 180 000 apprentis par an, dont 80% trouvent un emploi.

Les revendications des artisans sont peu nombreuses mais essentielles.

Le secteur de l’artisanat repose sur de la main-d’œuvre qualifiée, de sorte que le montant de rémunération est supérieur aux niveaux traditionnels donnant droit à des allégements de charges. Il faut revoir ces dispositifs et imaginer que l’abaissement des charges soit proportionnel au salaire. Biens personnels et biens professionnels doivent être séparés systématiquement quel que soit le statut ou le régime de l’entreprise afin d’assurer une protection pérenne du patrimoine personnel. Il faut suspendre la taxation des bénéfices réinvestis pour favoriser le financement de l’entreprise grâce à la création d’un compte d’attente. Enfin, pour que nos jeunes soient tentés par l’aventure entrepreneuriale, développons une certification mieux adaptée à la diversité des publics, à la réalité des métiers et aux besoins des entreprises. Rénovons les titres professionnels délivrés par des dispositifs d’acquisition plus rapides et plus efficaces. Formons les artisans à la maîtrise des outils de l’économie numérique.

L’apprentissage doit être reconnu comme une voie d’insertion sociale et professionnelle d’avenir. En matière d’emploi, la réussite du prochain président de la République en dépendra en grande partie.

Les candidats à l’Élysée doivent enfin reconnaître le poids économique, social et sociétal que joue l’artisanat. En 2017, un million sept cent mille jeunes ne vont plus à l’école et sont sans formation et sans emploi. Comment réussir à lutter contre le chômage des jeunes sinon par l’apprentissage avec le concours des entreprises artisanales? L’apprentissage doit être reconnu comme une voie d’insertion sociale et professionnelle d’avenir. En matière d’emploi, la réussite du prochain président de la République en dépendra en grande partie.

L’environnement économique est de plus en plus hostile à la stabilité des artisans. L’une des ambitions majeures du prochain président de la République devra être de donner un second souffle aux entreprises artisanales afin de construire un XXIe siècle reconnaissant envers ses artisans.

Bernard Stalter
Président de l’APCMA

La tribune a été publiée dans Le Figaro le 19 avril 2017